À travers ma recherche sur les motifs géométriques, j’explore les relations entre l’ordonné et le chaotique et, par extension, entre l’industriel et le naturel. Quelle place pour l’aléatoire et l’imprévu dans nos environnements urbains et notre société consumériste ?




Je ne suis pas sûr de retrouver dans la simple contemplation de la nature tout ce qui me manque dans nos villes où prédominent l’angle droit et l’uniformité. Il s’agit peut-être pour moi, à travers ce travail, de trouver un antidote à l’absence de nature dans mon quotidien sans pour autant rejeter les différentes technologies qui me passionnent. C’est une recherche de dialogue avec les éléments trop rigides d’un cadre citadin et un détournement de techniques industrielles.
La risographie





La risographie est la première technique d’impression que j’ai utilisée pour mes motifs. Au-delà de la qualité des couleurs due à l’utilisation d’encres naturelles sur papier non couché, c’est le manque de précision de cette machine qui m’a finalement séduit. Conçues à l’origine pour la production rapide et économique de fascicules, les imprimantes Riso ne permettent pas d’ajuster avec exactitude les différentes couleurs ; un décalage est presque toujours visible. Cette imprécision vient enrichir mes motifs en y amenant une nouvelle part d’aléatoire. La première part étant programmée lors de l’export du motif, à la création du fichier vectoriel.
Le dessin par le code

OpenSCAD est le logiciel open source de design paramétrique que j’utilise pour modéliser des objets 3D. Après l’avoir utilisé pendant des années pour le design de projecteurs à LED, je me suis intéressé à son potentiel créatif pour la génération d’images 2D (par projection). Dans OpenSCAD, pour dessiner, on code. On y trouve les fonctions de base d’un langage de programmation (boucles, conditions, gestion de variables, etc.) ainsi qu’un puissant moteur de rendu et « c’est tout ». Ce type d’approche offre une liberté créative incroyable car l’utilisateur n’est pas dépendant du choix des designers de l’interface graphique. On doit tout faire soi-même : on peut donc tout faire. Comme j’utilise du code pour dessiner, je dois maintenant préciser qu’il n’y a aucune utilisation d’intelligence artificielle dans mon travail. Chaque variation de forme est réglée « à la main » en incrémentant des valeurs dans un script entièrement rédigé caractère par caractère.
Gravure laser et presse typo




La risographie est un chemin trop direct pour ce que je recherche ; je n’y trouve pas suffisamment d’occasions de me perdre. Malgré son manque de précision, le rendu reste trop proche de l’original vectoriel. De plus, elle implique l’utilisation de papier neuf pour éviter les bourrages, et je veux pouvoir travailler avec du matériel récupéré dans les poubelles, du matériel qui garde la trace d’une vie passée. La réalisation de matrices d’impression à l’aide de gravure laser sur bois a complètement changé mon rapport à l’impression car elle me permet de graver n’importe quelle chute d’atelier en bois. Ces supports récupérés ajoutent leur propre caractère à l’œuvre en raison de la nature organique du bois et des cicatrices qu’il conserve. La presse typographique me permet également d’imprimer sur n’importe quel papier ou carton, même froissé, la plupart du temps des chutes également sorties d’une poubelle.

Je dois beaucoup à l’équipe de l’Atelier genevois de gravure contemporaine qui m’a énormément aidé à découvrir et pratiquer l’impression sur papier et à prendre confiance dans mon travail.
